• Le cagibi-3-

     

    Le cagibi-3-

    Ce n'est pas le cagibi de l'histoire:

    Il est juste là pour  vous donner une idée de ce que peut être un cagibi

    dans les anciens immeubles de Paris. 

     

    Son cagibi sous les escaliers 

      

    La conciergerie ou elles avaient toutes deux élu domicile, se trouvait très éloigné et à l'opposé du quartier Mirabeau qui ne lui faisait plus peur car Ivry-sur-Seine était la banlieue Parisienne. Cette conciergerie comprenait «le Central Sporting Club» qui était une salle de boxe très renommée parce que les plus grands boxeurs de l'époque, dont Marcel Cerdan, s'y était entraîné et produit bien avant la naissance d'Elisabeth. La jeune femme devait y faire le ménage en plus de celui de l'immeuble, distribuer le courrier, sortir tous les jours les poubelles, s'occuper de la loge, remplacer les ampoules usées des coursives et paliers de l'immeuble qui était assez grands, surveiller les minuteries qui devaient passées en alternatif à partir de vingt deux heures. Pour les locataires retardataires, et bien tant pis pour eux! Le règlement était très stricte sur les horaires. Tout était pour le mieux et toutes deux s'habituaient doucement à ce rythme de vie. Les locataires étaient correctes et avaient prit la jeune gardienne en sympathie. Quant à Elisabeth qui était une petite fille futée et et pleine de malice, elle avait su se faire apprécier par les adultes qui gravitaient autour d'elle. Elisabeth s'entendait mieux avec les adultes qu'avec les enfants de son âge. Elle s'intéressait à tout et connaissais très bien le reporter photographe qui couvrait les événement sportifs de cette salle mythique. Il s'appelait Monsieur Grégoire. Lorsqu'il y avait des matchs, la salle était toujours pleine et bien que n'en ayant pas le droit, la petite fille se glissait souvent parmi les spectateurs pour voir ce qu'il s'y passait. Elle s'introduisait aussi illégalement dans la salle de sport quand il y avait entraînement.

    Cette partie de son enfance était, pour elle, idyllique, et elle se prenait à rêver qu'elle pourrait bientôt accéder à un genre de petit placard qu'elle avait repéré et dont elle voulait faire son petit bureau. En effet, dans le couloir qui menait aux escaliers de l'immeuble, se trouvait un cagibi inoccupé et, plus loin, le Central. Ce cagibi qui ne servait à personne, elle le voulais pour en faire son bureau car l'idée d'écrire lui taraudait s'imposait de plus en plus à son esprit.

    Avec son idée en tête, Elisabeth entreprit de demander à sa mère la clef de ce cagibi qu'elle avait repéré. Celle-ci la questionna:

    - « Pourquoi est-ce que tu veux cette clef? Et la petite fille de répondre:

    - « Pour avoir mon petit coin à moi ou je pourrais faire mes devoirs tranquillement. Elle attendit fébrile, la réponse de sa mère, l'observant en train de réfléchir sur la nécessité de lui faire don de ce cagibi. Enfin sa mère ouvrit la bouche:

    - « Il me ferait un bon débarras! Lui dit-elle en regardant d'un air amusée la drôle de frimousse d'Elisabeth s'assombrir de dépit. - « Et puis, tes devoir et tes leçons: tu les fais déjà sur la table de la salle à manger!

    Sans se démonter, la petite fille rétorqua:

    - « Maman! S'il te plaît! Tu ne t'en sers pas, toi! Tu veux bien? Dis! Aller! Dis oui?...

    - « Il faut que je réfléchisse. Je te rendrais la réponse cet après-midi.

    Après l'avoir fait piétiner d'impatience toute la matinée, ce qui paru interminables à la gamine, sa mère se décida enfin à lui donner la précieuse clef, et elles allèrent toutes les deux inspecter le fameux cagibi pour voir s'il fallait le débarrasser de vieilles choses et le mettre en état. Elles ouvrirent la porte qui résista bien un peu n'ayant pas été ouverte depuis longtemps. Les toiles d'araignées, et la poussière, régnaient en maître dans ce recoin abandonné; mais, tout à sa joie d'enfant, Elisabeth sautais de joie, et riais de plaisir, faisant toutes les promesses du monde à sa mère pour qu'elle ne revienne pas sur sa décision. Devant tant d’enthousiasme et après maintes recommandations, La mère et la fille se mirent toutes deux à l'ouvrage pour nettoyer de fond en comble le fameux cagibi, et le rendre présentable.

    Elle avait des ailes la petite fille! Geneviève lui donna une ampoule neuve pour remplacer la vieille qui ne fonctionnait plus. Elisabeth avait des idées bien arrêtées; mais elle fut prise au dépourvu quand sa mère lança:

    - « Tu as maintenant la clef. Débrouilles-toi puisque le cagibi est à toi maintenant! Prends en bien soin car ce n'est pas moi qui ferais le ménage s'il est en désordre et sale! Elisabeth assura à sa mère que c'est elle qui s'occuperait de son bureau et qu'elle n'aurait aucun reproche à lui faire concernant la propreté de son petit coin de paradis. Ceci dit, toute fière, Elisabeth se hissa sur la chaise que sa mère avait amené de la loge. Geneviève prit soins de tenir la dite chaise par précaution afin que Elisabeth ne puisse pas tomber et se faire mal. La petite fille s'appliqua à changer la vieille ampoule contre la neuve toute seule, comme une grande, en faisant attention de ne pas perdre l'équilibre. Le cœur débordant d'enthousiasme, elle descendit de la chaise où elle était perchée. Elle ne cacha pas son émerveillement de voir son cagibi tout à l'heure si sombre, à présent bien éclairé. Geneviève alla chercher un tourne vis pour revisser l'interrupteur afin qu'il ne soit pas dangereux. Elisabeth avait ce regard émerveillé, qu'ont les petites filles qui viennent d'e recevoir un beau jouet en cadeau. Contemplant les contours de cette petite pièce aux murs de plâtre gris blanc, lézardés par le temps, qui s'offraient à sa vue, Elisabeth n'en revenait pas qu'une simple ampoule puisse accomplir ce petit miracle.

    Ce cagibi bien caché sous l'escalier de l'immeuble devenait son petit royaume. Sa porte en interdisait l'entrée à quiconque n'en possédait pas la clef. Ce petit débarras, était devenu son petit coin bien à elle.

    Parmi les commerçant du quartier, il y avait aussi une boulangerie pâtisserie qui donnait, par l'entrée du fournil, juste dans l'arrière cour de la conciergerie, et ou la petite Elisabeth était souvent fourrée. Les odeurs de pain frais et croustillant à souhait lui chatouillaient les narines et l'amenaient irrémédiablement à descendre les quelques marches du fournil pour se retrouver en pleine fabrication du pain ou de gâteaux. Au fur et à mesure que le temps s'écoulait dans la paix, La fabrication des gâteaux, des croissants, des brioches , du pain de mie et du pain de campagne ne lui était pas inconnus du tout! De plus, à neuf ans, on est curieuse et gourmande! Inutile de vous dire ce qu'elle ingurgitait comme gâteaux et croissants dès qu'elle en avait l'occasion! Tous les jours, Geneviève et sa petite fille avait du pain frais gratuit car le boulanger et sa femme avait pris la petite Elisabeth en affection comme ci j'étais leur propre enfant: ils n'en avaient pas, ce qui arrangeait bien la jeune gardienne de l'immeuble. La petite Elisabeth et sa mère était très gâtées avec ces sympathiques boulangers.

    Il arrivait encore à Geneviève de se remémorer cette fuite mémorable avec sa fille. Elle avaient tout laissé ne voulant pas se faire prendre en déménageant quoi que ce soit, consciente des commérages de son ancien quartier qui allaient bon trains sur leur compte v que son mari rentrait toujours pratiquement saoul et que les bagarres du couple ne passaient pas inaperçues. Geneviève ne supportant plus les commérages des commères du quartier, il fallait qu'elle ait le courage de partir pour elle-même et pour Elisabeth qui avait peur de son père.

    Dans sa nouvelle vie, Geneviève était à l'aise financièrement. Elle payait les traites de ses achats correctement aux trois magasins qui lui avaient rendu service. Comme elle recevait souvent de bons pourboires, il lui arrivait de s’acquitter d'une de ses traites en plein milieu d'une mensualité. De cette façon, elle avait plus que deux magasins à honorer en fin de mois et retombait toujours sur ses pieds. En fin d'année, les étrennes étaient conséquentes, ce qui lui faisait un bon petit pécule qu'elle mettait de côté pour les jours à venir ne sachant pas ce pouvait lui tomber dessus. Les locataires lui laissaient souvent de bons pourboires pour multiples services rendus comme arroser les plantes lors de vacances ou d'absences prolongées. Le travail était dur; mais Pierrette s'en sortait bien. Comme elle gagnait pas mal sa vie tout en ayant un œil sur sa fille, les choses allaient pour le mieux, car les avantages n'étaient pas à négliger: la jeune femme ne payait pas de loyer: ce qui se faisait en ces temps-là. Elle ne payait pas l'eau et l'électricité ainsi que le charbon pour se chauffer. C'était les avantages en nature dont un gardien d'immeuble pouvait profiter en plus de son salaire. La jeune gardienne faisait bien son travail et n'avait à sa charge que de s'occuper de sa fille et d'elle-même. En somme, tout roulait comme elle voulait: tous les résidents du 57 rue du faubourg Saint-Denis étaient en bon terme avec elle, ce qu'elle appréciait particulièrement, et la vie de la petite Elisabeth avait trouvé une sérénité pratiquement normale après des années de tourmente au côté de ses deux parents.

    Ce décor quelque peu différent de ce qu'Elisabeth avait eu l'habitude de connaître, lui profitait bien. Elle avait trouvé un semblant de paix et d'équilibre entre sa mère, l'école qu'elle aimait, et tout ceux qui gravitaient autour d'elle. L'enfant se plaisait bien dans cette atmosphère paisible du 57 rue du Faubourg Saint-Denis.

    La petite Elisabeth n'avait pas perdu de vu son objectif de devenir écrivain. C'était une petite fille avec des idées bien arrêtées. Déjà, à son âge, elle savait ce qu'elle voulait et n'en démordait pas tant qu'elle n'avait pas obtenu ce qu'elle désirait au plus haut point: avoir son petit coin à elle en dehors de la loge de conciergerie dont sa maman avait la charge était, pour elle, indispensable à son développement psychologique et intellectuelle.

    Elisabeth était également une petite fouine qui savait regarder autour d'elle et tirer partie de tout ce qu'elle pouvait récupérer à droite et à gauche: les magasins donnant directement de leur arrière boutique sur la cour intérieur ou se trouvait la loge de concierge, comprenant principalement l'immeuble dont sa mère avait la charge et, entre autre, le passage qui menait à la salle de boxe, la descente au fournil ou la petite se retrouvait souvent en train de regarder le boulanger faire son pain et les gâteaux dont elle se régalait lorsque celui-ci lui en donnait. Elisabeth avait même apprit sous la surveillance de ce bon gros boulanger, à faire les croissants au beurre qu'elle préférait aux croissants normaux. Elle avait aussi apprit à faire un glaçage pour les tartes aux pommes et autres tartes aux abricots, comme elle avait vu faire le boulanger confectionner des baguettes, des bâtards, des miches de pains de campagne, des flûtes, des ficelles parisiennes, et travailler son pétrin. Elle apprenait vite la petite Elisabeth et cela lui plaisait beaucoup!

    La fillette observait tout: aussi bien au dehors pour les petits objets que le marchand de meuble pouvait vouloir jeter, qu'au dedans, quand le boulanger l'appelait pour lui montrer quelque chose de nouveau ou pour lui donner comme chaque dimanche, les gâteaux si généreusement offerts. Le quincaillier n'oubliait pas non plus d'appeler l'enfant pour lui donner des verres dépareillés, des assiettes avec une petite ébréchure pouvant encore faire l'affaire, qu'elle allait remettre à sa mère. Mais ce qui l'intéressait au plus haut point: c'était les gros catalogues de papiers peints du marchand de couleur. Par exemple, elle savait à quel moment elle pouvait aller feuilleter ces gros catalogues mit de côté pour la poubelles dès que les nouvelles collections arrivaient. Les couleurs et les motifs de ces beaux papiers peints qu'elle n'osait pas prendre bien qu'ils soient là pour être jetés, et bien ces gros catalogues d'échantillons la hantaient. Elisabeth les voulait pour améliorer le décor de son cagibi qui avait de vilains murs lézardés et sales. Il fallait qu'elle puisse les prendre avant qu'ils ne disparaissent! Elle connaissait les heures ou sa mère devait sortir ces fameuses poubelles. Tous les matins de bonne heure, sa maman accomplissait ce travail fastidieux; mais elle en avait prit l'habitude et tous les jours de la semaine à partir de 5 heure 30 du matin, sauf le dimanche, Elisabeth voyait sa mère se lever pour aller sortir les fameuses poubelles. Elisabeth ne voulait pas que les catalogues prennent le même chemin que les autres qu'elle avait vu disparaître périodiquement. Elle n'avait pas osé demander tous les précédents; mais elle se promettait de ne plus en laisser échapper un seul! Cette fois-ci, elle les voulait! Un jour pas comme les autres, elle s'enhardit et demanda au marchand de papiers peints si elle pouvait les emmener dans son cagibi puisqu'ils étaient destinés au ramassage des ordures

    - « Pourquoi faire? Lui demanda celui-ci.

    D'un air très assuré, elle lui répondis:

    - « Pour décorer mon cagibi! Maman m'a donné l'autorisation de m'en servir comme bureau. Vous comprenez? Je veux y faire mes devoirs, lire, peindre, dessiner et, plus tard, devenir une poète-écrivain et il me faut un coin tranquille pour écrire!

    - « Ah, Bon? Tu veux devenir écrivain?A ton âge?

    - « Mais y'a pas d'âge pour savoir ce qu'on veux faire! Lui rétorquât-elle très fièrement. - « Et Minou Drouet! Elle a neuf ans et elle a déjà publié des poèmes! Pourquoi pas moi? J'ai le même âge qu'elle!

    - « Oui: tu as raison! Approuva le marchant de papier peint. Pourquoi pas toi? Et bien, à partir de maintenant, je t'autorise à prendre tous les catalogues dont je me débarrasserais pour tapisser ton petit coin. Fît-il avec un petit air amusé.

    - « Oh! Merci! Merci beaucoup monsieur!

     

    Mon petit coin sous les escaliers

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 25 Août 2016 à 11:14

    coucou gigi j aime lire cette histoire tout les jours la c est une bonne période pur cette maman et la petite elizabeth elles ont l air si heureuse c est beau a lire , j adore j attend la suite gigi biosus elyci

    2
    Lundi 5 Septembre 2016 à 22:16

    Bonsoir chère Ghislaine c est vraiment agréable de lire tes jolis articles,j adore et j aime beaucoup te rendre visite car ton univers est splendide,mille merci pour tes gentilles visites et pour tous tes jolis cadeaux qui accompagne tes jolis commentaires,je te souhaite une bonne soirée...gros bisous..Pascal

      • Mardi 6 Septembre 2016 à 11:26

        Merci à toi d'apprécier mes écrits et aussi d'aimer me rendre visite! je suis enchantée que mes univers te plaisent! Amicalement, Ghis.

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