• Le cagibi-4-

     

    Le cagibi-4-

    Ce n'est pas le cagibi de l'histoire:

    Il est juste là pour  vous donner une idée de ce que peut être un cagibi

    dans les anciens immeubles de Paris.

    De plus les prénoms ont été changés pour les besoins de l'histoire.

     

     

    Son cagibi sous les escaliers

     

    Elisabeth s'empressa de rafler tous les catalogues qui se trouvaient être du côté de l'arrière boutique donnant sur la cour de la loge avant qu'ils ne soient destinés au ramassage des ordures. Ils étaient lourds et il y en avait cinq grands et gros: deux fois comme elle! Sans se démonter, la petite fille alla chercher sa maman pour l'aider à les charger sur le chariot qui, justement, servait à sortir les poubelles. Le chariot arriva jusqu'à son cagibi, non sans rouspétance de la part de Pierrette, car Elisabeth la dérangeait souvent dans son travail; mais elle n'en avait rien à faire et tout à sa satisfaction d'avoir osé demander ces gros catalogues au marchant de couleur, La petite choisis minutieusement les papiers peints en essayant d'en marier les couleurs le mieux possible. Encore prise à contribution par sa fille, Pierrette l'aida à faire de la colle avec de l'eau et de la farine pour encoller ses beaux papiers peints. Il y en avait des cloqués, des feutrés, des veloutés, des glacés, des mats, et les couleurs allaient du vieux rose au bleu nattier en passant par le mauve, le beige, vert clair avec des feuilles, des fonds rose pâle, jaune citron et toutes les couleurs de l'arc-en-ciel et chaque feuille faisait une cinquantaine de cm de côté. Avec un gros pinceau et un tablier pour limiter les dégâts sur ses vêtements, Elisabeth Radieuse, se mis à encoller d'abord un mur qu'elle commença à recouvrir de papiers peints bien choisit. A chaque pose de papiers, elle reculait pour voir l'effet produit. Ce patchwork était du plus bel effet! Elle mît plusieurs jours à faire un côté de mur et ne sortait de son cagibi que lorsqu'elle était satisfaite de son travail. Malgré ses rouspétances, Pierrette était souvent mît à contribution par Elisabeth qui n'arrivait pas à faire tout toute seule.

    Quand elle eu fini ce coté de mur, satisfaite de son travail, elle commença d'encoller l'autre côté. Le plus dur était à venir puisque le plafond de son cagibi suivait la courbe des escaliers qui menaient aux palier puis, aux appartements des locataires. Cela commençait à prendre tournure et elle admirais son superbe travail. Oh! Il y avait bien quelques défauts comme des cloques et des vagues qui ne voulaient pas s'aplatir; mais dans l'ensemble, son travail lui plaisait. Il lui vînt soudain une idée. Et si elle demandait au marchant de meuble d'à côté s'il n'avait pas, par hasard, parmi ses reliques invendues, une vieille table pas trop grande pour faire son bureau et une chaise pour rendre à sa maman celle de la salle à manger de la loge? De ce pas, et sans laisser le temps à son idée de refroidir, elle alla voir Mr Bertier et lui demanda tout de go:

    - « S'il vous plaît, monsieur! Est-ce que vous avez des vieux meubles abîmés que vous gardez dans votre réserve et qui ne vous servent à rien?

    Le propriétaire du magasin de meubles lui répondit non sans être intrigué:

    - « Oui, mon petit! Pourquoi?

    - « Parce que j'aurais besoin d'une petite table et d'une chaise pour mon cagibi? Maman ne peut pas me l'acheter et elle m'a dit de me débrouiller pour trouver toutes les choses qui me manquent et dont j'ai besoin!

    - « Ton cagibi? Fit le marchand de meuble tout étonné.

    - « Oui! Mon cagibi! Vous voulez le visiter? Fit-elle d'un air très assuré.

    - « Aller! Je veux bien et après, je regarderais mes vieilleries pour te trouver ce que tu me demandes.

    - « Vous savez, fît la gamine: cette petite table, c'est pour en faire mon bureau. Si vous aviez dans la réserve un petit bureau qui reste invendu, et si vous pouviez me le donner, je serais très contente!

    - « On regardera ça après. Répondit le brave homme.

    Ce petit cagibi (quand je dis petit, c'est une façon de parler car le débarras en question n'était pas si exigu que ça!) Ce petit cagibi, disais-je, lui permettait d'y entreposer une table par trop grande et une chaise, une malle en osier, des étagères et quelque bricoles encore. C'était son coin et elle en avait fais un lieu sacré... Petit à petit, elle y entreposa, dans une jolie malle en osier: cadeau du marchant de meuble, toutes ses poupées, ses jouets auxquels elles tenait le plus. Sur son petit bureau trônait ses livres de contes, ses cahiers et portes plumes, et dans ses cahiers personnels, elle y écrivait ses idées, ses rêves d'enfant et ses secrets. Elle passait des heures entières à dessiner, à peindre, à écrire tout ce qui lui venait à l'esprit, Elle y faisait ses devoirs, apprenait ses leçons quand elle ne rêvassait pas sur son projet de devenir écrivain. Elle se plaisait à demeurer dans son sanctuaire: Elle s'y sentait tellement chez elle et puis, elle en était la propriétaire grâce à cette clef magique qui lui ouvrait les portes de son univers...

    Un jour, elle entendis toquer à la porte de son cagibi.

    - « Qui est-ce! Fit-elle étonnée.

    - « Monsieur Bertier.

    - « Attendez monsieur: je vais vous ouvrir. Répondit-elle en se levant pour aller lui ouvrir la porte qui se trouvait toujours fermée à clef lorsqu'elle se trouvait à l'intérieur de son sanctuaire. Jamais personne ne venait lui rendre visite à part sa maman? Son cœur battait à tout rompre en ouvrant la porte et qu'elle vît le marchand de meuble qui tenait une lampe de chevet dans une de ses mains.

    - « Tiens. C'est pour toi. Lui dit-il.

    Toute surprise, elle se mis à pleurer.

    - « Mais qu'as-tu, petite?

    - « Je ne peux pas la brancher: il n'y a pas de prise!

    - « Ce n'est que ça? Ne pleure plus. Ce n'est pas grave! Je vais te la faire marcher moi, ta lampe!

    Toute rassurée, Elisabeth lui sauta au cou et lui administra un gros baiser sonore sur sa joue rugueuse.

    - « Et bien! Et bien! Tu m'étouffes petite fille! Ce soir, je n'ai pas le temps; mais demain, lorsque tu reviendras de l'école, tu auras ta lampe.

    - « Oh! Que je suis contente! C'est vrai que la grosse lampe que maman m'a donné pour remplacer la vieille ne fait pas très beau! Il manque un abat jour! Je vais dire à maman que vous m'avez gâté. Merci monsieur.

    - « Oh! Mais dis-moi! Tu as l’œil très sûr! Fît le marchand de meuble. Je vais tâcher de te trouver ça aussi. L'homme retint son émotion en la voyant si joyeuse et il parti d'un grand éclat de rire.

    Et bien! Si ce n'y a que ça pour te rendre heureuse, chaque fois que je te trouverai quelque chose qui pourrait t'être utile, je te l'amènerais. Ça te vas comme ça?

    - « Oh! Oui! S’exclama Rosalie en sautant de joie et en tapant des mains.

    Le marchand de meubles s'en retourna comme il était venu. Elisabeth referma sa porte à clef en prenant bien soin d'éteindre la lumière, et couru raconter à sa mère ce qu'il venait de lui arriver.

    C'est un des souvenir le plus marquant dans sa jeune vie, car des moments tels que celui-ci ne furent pas si nombreux dans son jeune âge. C'est grâce à ce placard qu'elle s'est apprise à aimer lire et écrire pour le plaisir des mots... Pour le plaisir d'entendre, dans ma tête, la musique céleste qui les accompagnaient.

    Fin de l'histoire

    ** Cet une histoire vécu: un passage de la vie d'Elisabeth qu'elle n'oubliera jamais puisque, aujourd'hui, je vous la raconte."

    N. GHIS.

    Photo de La main et la plume.

    Texte revisité et complété le 19 août 2016

    *****************

    L'histoire est longue:

    Je l'ai relu plusieurs fois pour déceler les quelques fautes que j'aurai pus oublier. Si vous trouvez quelques fautes de frappe ou d'étourderie (coquilles), ne m'en tenez pas rigueur : les étourderies sont bien involontaires de ma part et le comité de lecture n'est pas venu me relire. (sourire)

    Soyez indulgents pour les fautes oubliées ici et là. Merci à vous.

    N. Ghis

     

    Mon petit coin sous les escaliers

     

    Témoignage d'un lecteur qui a connu l'endroit que je décris.

     

    Ci-après quelques précisions complémentaires.

     

    "Je me souviens du tournage du film "L'air de Paris" en 1954, je faisais les courses avec ma mère.... La scène ou on voyait la boulangerie Coing (Coing Ballit dans l'annuaire) avait été tournée plusieurs fois, car les réalisateurs ne voulaient pas que l'on voit les boulangers qui apparaissaient derrière un genre de store en toile orangée. 56 minutes après le début du film on voit l'entrée du Central sporting club. A gauche , au 55, un magasin au rideau de fer baissé, au dessus duquel on lit : "...terie", Probablement papeterie, (papeterie mon panache dans l'annuaire). Papeterie sous entend fournitures scolaires et de bureau, mais peut-être des papiers peints ? A l'intérieur du 57 une cour, une enseigne: "Central Sporting Club" et une publicité peinte sur le local intérieur à gauche du central: "MEUBLES installation complète d'appartements " ÉBÉNISTERIE DÉCORATION ". Dans l'annuaire 1954 et 1964 au 69 rue du faubourg Saint Denis (à gauche de la boulangerie MATHIEU au 71) on lit : Zaringer maison meuble couleur. Probablement le Bazar à l'enseigne PARIS COLOR qui existait encore dans les années 1970 "...

    Mon petit coin sous les escaliers

    Si vous saviez ce que ce témoignage m'a ému lorsque j'ai lu, grâce à ce monsieur que je ne connais pas du tout ! J'ai toujours les larmes aux yeux lorsque je relie ce témoignage qui me prouve que j'ai bien existé, que cette histoire ne sort pas de mon imaginaire ! Que j'ai réellement vécu ce que je décris dans cette nouvelle ! J'ai eu tellement de mal à me construire par la suite ! Tellement de mal à me persuader que je n'étais pas un fantôme qui n'avait pas de vie propre... Ce sont mes souvenirs d'enfance qui me servent de repaire et de photographie neuronale (mémoire ancienne). Ghislaine.

    Mon petit coin sous les escaliers

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 25 Août 2016 à 10:05

    Bonjour ma chère Ghislaine,

    J'ai pris le temps de lire ton histoire postée en plusieurs articles, tu as eu raison car quand c'est long le mieux est de poster dans plusieurs articles.J'ai bien aimé cette histoire de cagibi, elle est vraie hé oui ! Merci de nous l'avoir raconté, j'aime ta plume et ta façon de poser les mots sur le papier (ici sur l'écran), tu sais bien nous narrer les choses et on a envie de lire jusqu'au bout ! Quand je dis que tu es une écrivaine talentueuse je le pense sincèrement wink2 

    Continues de nous captiver encore, j'aime, je suis fan !

    Merci à toi d'aimer mes écrits.J'espère ne pas te décevoir avec mes nouvelles et mes récits...Dès que j'ai un moment j'en met en brouillons dans mon blog.Quel plaisir pour moi de me replonger dans ces textes écrits il y a quelques années ! J'espère que l'inspiration reviendra un jour...Je me demande où j'allais chercher tout ça ? lol

    Bonne journée ma douce amie, gros bisous de Florence biggrin  

    2
    Jeudi 25 Août 2016 à 10:33

    Bonjour chère Florence,

    Alors, je vais t'expliquer tout ça. Un Correcteur qu'on appelle aussi "Un nègre" en littérature, m'a dit un jour que je lui avais confié des écrits afin qu'il les analyse, qu'il fallait, après avoir écrit une poésie, une nouvelle, un chapitre de roman ou même un roman dans son entier, s'en désintéresser en le déposant dans un tiroir et ne plus le toucher pendant 6 mois: le fait de ne plus avoir sous les yeux son manuscrit, aide à le voir avec un regard neuf: il est tout nouveau dans tes mains et à tes yeux. Un phénomène qui se produit alors: tu ne le considères plus comme étant sortit de ton imagination; mais comme étant un écrit que quelqu'un d'autre à écrit et que tu découvres pour la première fois. Tu vois alors si tu aime ce que tu lis, si l'histoire est cohérente et si tu dois changer des tournures de phrases. C'est très bénéfique pour un écrivain de laisser reposer son œuvre! Ce même correcteur que j'avais rémunéré de 500 fr pour cette analyse m'a dit ceci:

     

    « Le temps est court et l'Art est difficile! »

     Prend ce conseil que l cet homme de lettres m'a donné pour toi: il te sera bénéfique pour l'ensemble de ton oeuvre, et tu n'en sera que plus contente. Depuis toutes ce années ou j'ai continué d'écrire sans rien mettre sur le net parce que malade, j'ai eu le temps de laisser mûrir mes écrits, et il est vrai que j'en ai été heureuse de les retrouver lorsque je me suis arrêtée sur eklablog! Lorsque l'on a le temps de faire ceci: c'est mieux pour voir nos erreurs... Bisous, Ghis.

      • Jeudi 25 Août 2016 à 10:48

        Merci pour ces infos et ces conseils ma douce amie.Cela peut m'être utile en effet.

        Une fois que j'aurais mis dans mon blog tous mes poèmes et mes nouvelles, mon récit vampirique (41 pages écrites à la main) et le long résumé de mon roman, alors je verrais pour me replonger dans mon roman...J'ai mis tellement de choses là-dedans ! Je regrette d'avoir jeté quelques romans que j'avais écris dans les années 1980...j'aurais dû les garder mais on ne peut pas revenir en arrière, tant pis ! Heureusement que j'ai conservé mon roman (sans doute parce que c'est mon préféré de tous ceux que j'ai écris)

        Je voulais aussi te dire que mon père écrit, il y a quelques années il a rédigé deux nouvelles de style fantastique que je trouve formidable, idem pour les peintures et les dessins qu'il a fait : superbes ! Il a un grand talent mais ne veut pas qu'on lui dise ça, il est tétu et trop modeste lol Il dit qu'il gribouille et n'est pas un artiste.Depuis 20 ans qu'il est en retraite il n'écrit plus et ne dessine plus non plus, il préfère se consacrer à sa grande collection de timbres et aux jeux sur l'ordinateur.J'ai le don de mon papa pour écrire et dessiner et j'en suis fière.

        Re-gros bisous de Florence ! wink2 

    3
    Jeudi 25 Août 2016 à 11:37

    Tu as raison et c'est dommage pour ce monsieur qu'il n'écrive plus! Mes écrits sont pour moi ma raison de vivre si non, je déprime... Dans ma vie d'enfant et de jeune fille, je n'ai eu droit à aucune reconnaissance de mes parents et j'ai toujours cherché la reconnaissance de mes professeurs, car à la maison, je n'étais rien. Ce n'est pas parce que ma mère à quelques fois fait son devoir envers moi, qu'elle a été une mère parfaite! Elle en a bavé: J'en ai bavé autant si non plus qu'elle, car j'étais une enfant!... Ce que tu lis dans "le cagibi", c'est une toute petite partie de ma propre enfance et de sa vie: les moments les plus doux avec elle...

    4
    Samedi 27 Août 2016 à 09:23

    bonjour gigi c est vraiment une belle histoire cette petite fille avait trouve son endroit a elle et s y sentait bien c est beau elle etait mignonne cette petite hihi je suppose qu elle l ait toujours mignonne , je te fais de gros bisous j ai adoré ton histoire du debut a la fin bravo ma gigi bon week end elyci

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