• seul noël d'enfant -2-

     

     

    Mon seul noël d'enfant 

     

    Seul noël d'enfant 

     

    Deuxième partie

     

    Est-ce que papa était d'accord? Est-ce qu'il était "normal" par rapport aux autres jours? Pourvu qu'ils ne se disputent pas tous les deux? Je tremblais de tous mes membres à tel point que je claquais des dents et que tout mon petit corps avait froids! La peur me tenaillait le ventre et c'était comme ça tous les soir lorsque je guettais l'heure d'arrivée de mon père.

    Le bruit de la clef tournant dans la serrure de la porte d'entrée se fît distinctement entendre. Papa apparu sur le pas de la porte sans dire un mot. Il accrocha son blouson d'aviateur marron, fourré de laine de mouton au porte manteau du vestibule en n'oubliant pas de glisser ses clefs dans une de ses poches ainsi que ses lunettes de motard. Il posa son casque sur la vieille console de marbre fendu du couloir, au dessus du grand miroir très vieux et piqué, puis sans s'adresser à nous, il fila droit dans la chambre à coucher sans même s’apercevoir que j'étais sous la table de la cuisine. Faire sa toilette pour se débarrasser du cambouis et de l'odeur de la graisse de vidange (il travaillait chez Panhard comme mécanicien spécialisé) et mettre un pyjama, c'était tout ce qui lui importait en ce moment même. Il ne s'était même pas rendu compte que j'avais changé de cachette; mais moi, j'observais tous ses faits et gestes lorsqu'ils étaients à la porté de mon regard d'enfant. Mon intérêt n'était pas que pour ce que faisait mon père! Non! Mon attention se fixait également sur les préparatifs du dîner. Ca sentait très bon et j'avais une vague idée de ce à quoi j'allais être le témoins...

    Étourdie par les vas et viens de maman, je commençais à me lasser et j'avais mal à mon derrière. Au bout d'un temps qui me parut assez long, mon père revînt de la chambre, jeta un œil furtif au sapin et s'affala sur son vieux fauteuil de cuir ou j'avais laissé traîner mon cartable. Il le pris et le posa par terre sans dire un mot. La soirée s'allongeait et je commençais à en avoir assez d'être cachée sous la table ou maman s'affairait; mais j'étais bien trop intriguée par ce grand arbre tout enrubanné qui montait jusqu'au plafond. La maison était trop silencieuse... anormalement silencieuse...

    Maman continuait les préparatifs du repas: (ce qui ne lui ressemblait guère). Ca sentait bon le poulet rôti et aussi le gâteau à la crème: ce qu'on appelait le moka fait d'un mélange de chocolat et de café pour la crème. Toutes les odeurs avaient agréablement finit par se mélanger.

    Pour en revenir à mon père, pour la première fois, il semblait décontracté et serein. Apparemment, il n'avait pas bu. Il entreprit de feuilleter son journal et maman mit la radio en sourdine pour ne pas le déranger puis, elle entreprit de mettre une belle nappe damassée et sortit la belle vaisselle avec les couverts en argent qu'ils avaient eu en cadeau pour leur mariage. J'étais de plus en plus intriguée. Jamais, au grand jamais, je n'avais vu mes parents comme ça? Pour une fois, ils était tous deux très calmes. Ca changeait!... Je présentait, malgré une vague sécurité qui me gagnait, que quelque chose n'allait pas tarder à me tomber dessus... Malgré tout, Je ressentais une euphorie inexplicable de voir mes parents si calmes. Je n'en revenais pas? Avaient-ils décidé de faire la paix pour cette nuit de noël qu'ils n'avaient jamais fêté auparavant? Je ne savais que penser?

    A force de fixer mon père et les allées et venues de ma mère, sans compter le temps passé sous cette table à me trémousser de fatigue, mes yeux commencèrent à me piquer. Je les frottais vigoureusement: le sommeil n'était pas loin et sans bien m'en rendre compte, engourdie par la musique douce des chants de noël et l'odeur du gâteau qui se dégageait du four, je plongeais dans un profond sommeil.

    Il dû se passer une bonne heure avant que maman ne vienne me tirer de dessous la table de la cuisine que j'avais, par habitude, réintégré subrepticement...

    - "Réveilles-toi." Me dit-elle en me secouant doucement. Il faut te faire belle pour aller à table. Je me laissait conduire à l'évier pour me laver les mains et me débarbouiller plus vite. Maman me revêtit d'une belle robe blanche en organdi, agrémentée d'un petit "Col Claudine" et d'une ceinture en satin rose qui se terminait par un gros nœud dans le dos. L'ensemble de ma tenue de petite fille modèle n'allait pas sans une jolie petite paire de ballerines de la même couleur que la ceinture de ma robe.

    Petite fille à la chevelure blonde et bouclée, j'étais facile à vivre et je ne bougeais pas beaucoup à cause de la peur intrinsèquement liée à mon corps. J'étais toujours angoissée. Maman n'avait aucun mal avec moi et elle adorait me brosser les cheveux parce que cela me faisait du bien et me rassurait. Elle entreprit donc de me brosser les cheveux pour me détendre. Je fermais les yeux oubliant que mon père était dans la pièce à côté en train de lire son journal. Elle me sépara la chevelure par une raie au milieu et agrémenta la coiffure par deux barrettes ornées elles aussi par deux gros rubans de satin rose qu'elle posa de chaque côté de ma petite tête.

    Habituée aux colères de mon père et aux ripostes de ma mère, je n'avais pipé mot. Tout ces préparatifs s'étaient déroulés dans un silence le plus complet. J'avais très peur de mon père; mais pourtant, je l'aimais.

    Il ne devait pas être loin de minuit lorsque nous nous mîmes à table. Je le sais parce que j'avais vu les deux aiguilles de l’immense horloge, qui trônait dans la grande pièce de la salle à manger, toutes deux réunies sur les chiffres "1 et 2" et pour me donner raison, celle-ci se mit à résonner de son beau chant d'horloge qui comptait les quart d'heure, les demie-heure et les heures. Je sais à présent que c'était le carillon de Westminster que j'entendais tous les jours. J'aime cet air encore aujourd'hui et mon seul regret, c'est de n'avoir pas retrouvé ce même air lorsque mon cher époux m'a offert cette belle horloge comtoise qui, elle, ne sonne pas du tout pareil...

    J'étais trop jeune pour me rendre compte que mes parents pouvaient être de confession catholique. Je ne me souviens pas non plus d'avoir assisté une seule fois, dans ma vie de petite fille, à la messe de minuit, ni admiré la chèche vivante de l'église de notre quartier?...

    Donc, faisant abstraction de tout ce que j'avais raté dans ma jeune vie, mon esprit déjà très vagabond, réintégra mon corps pour venir m'asseoir à côté de papa tandis que maman reprenait sa place en bout de table pour être plus prés de la cuisine.

    Très attentive au moindre changement de physionomie de mon père, je l'observais à la dérobé de peur de revoir apparaître son visage des mauvais jours; mais rien ne se produisit. Me sentant rassurée, je le regardais franchement et le gratifia d'un très grand sourire qui le poussa à me le rendre en me tapotant doucement sur la joue.

    Les deux points fermés sur la table, je me tenais bien droite comme j'avais été apprise et j'attendais sans rien dire que maman vienne apporter les différents plats et servir en premier papa avant de passer à nos assiettes. Le soupé se passa parfaitement bien. Pas un seul reproche ne fusa des lèvres de mon père qui affichait même un air plus que satisfait: ce qui était, en soit, une prouesse!... Après avoir débarrassé les reliefs du repas, le dessert s'annonça par la voix de maman attendant l'approbation de mon père. J'observais le déroulement des opérations avec une crainte bien dissimulée ayant toujours au font du coeur la peur d'un dérapage incontrôlé de la par d'un de mes deux parents; mais rien, ce soir-là, n'alla de travers. Papa donna le départ des conversations en m'adressant :

    - " Il est bon le gâteau que maman à fait de ses propres mains! Tu aimes le moka au chocolat?...

    Il attendait ma réponse: je n'en revenais pas qu'il m'adressa à moi la parole plutôt qu'à maman? La bûche décorée et pleine de personnages, de petites choses dessus avait été délicieuse. En voyant arriver maman avec cette merveille de bûche, j'en avait écarquillé les yeux pour mieux m'imprégner de cette vision. Maman avait très bien réussit sa bûche comme le repas. Papa n'avait, pour une fois, rien eu à dire de déplaisant et pour faire honneur au gâteau, il s'en resservit une très grosse tranche tout en complimentant la cuisinière de ses prouesses: ce qui n'était vraiment pas coutumier chez lui...

    "La cuisinière de service" ne répondit pas à son compliment; mais elle eu un petit sourire qui en disait long et je comprenais ce que ce sourire signifiait parce que je connaissais maman par coeur.

    D'une humeur décidément joviale, papa me resservit un autre morceau de bûche au chocolat, servit également maman qui avait une préférence pour le café.

    Je ne savais toujours pas ce qui allait se passer à la suite du repas gargantuesque que nous avions dégusté. J'étais vraiment très loin de me douter de ce qui m'attendait encore?

    Soudainement, papa se leva de table prétextant l'oubli de son briquet "tempête" qu'il avait laissé dans l'une de ses poches de bleu de travail. Il revînt avec sa pipe toute fumante au bec et un de ces léger sourire qui présageait quelques surprises que je n'avais pas prévu. Dans le même temps, maman se leva elle-aussi pour s'en aller dans la cuisine et en revenir avec une bouteille de mousseux qui devait se trouver au frais dans la glacière de la cave dont la porte donnait justement dans la cuisine. Il faut que je vous explique que les réfrigérateurs, pour la plus part des français, n'étaient pas à la porté de tout le monde! Monsieur Frigidaire avait inventé cette extraordinaire machine qu'est devenu, par la suite "Le Frigidaire" du nom de l'inventeur que l'on nomma par la suite le réfrigérateur que seuls les gens aisés pouvaient prétendre avoir chez eux. Nous, nous avions pour garder les aliments au frais, des gardes mangers qui isolaient des rongeurs qui comme vous devez le savoir, grimpent partout et des glacières ou l'on stockait des pains de glaces livrés le matin même par le marchand de glace et que l'on mettait dans un compartiment recouvert de zinc: ce qui retenait le froid et maintenait les aliments périssables au frais un certain temps. La glacière était équipée en bas d'un autre compartiment en zinc lui aussi, faisant fonction de récupérateur d'eau fondu. De l'extérieur, la glacière ressemblait à un haut meuble de bois vernis juché sur ses quatre pattes que je trouvais laid. La corvée était de ne pas oublier de vider le réservoir régulièrement, sans quoi, gare à l'inondation!

    Ce jour du 24 décembre n'en finissait pas. Il avait été bien long pour une petite fille de mon âge et je tombais littéralement de sommeil, le nez dans mon assiette vide. Tout à coup, un grand bruit se fît entendre qui me réveilla tout net. Je n'eus que le temps d'apercevoir le père Noël qui s'enfuyait à toute jambes dans la chambre à coucher de papa et maman. Je me souviens de cette peur qui m'avait fait sursauter et du costume rouge et blanc qui avait disparu Dans l''embrasure de la porte en laissant un énorme paquet au pied du sapin à côté d'un plus petit. Maman me dit:

    - Réveille-toi ma puce! Le papa noël vient de passer.
    - Mais, maman, quel papa noël? Je n'ai pas eu le temps de le voir et... et... Il doit être encore dans la chambre?! Nous n'avons pas de cheminée: elle ne marche pas! Des larmes commençaient à couler sur mes joues rouge de stupéfaction. J'étais excitée par ce que je venais d'apercevoir. Maman me dit pour me calmer que la fenêtre était restée entrebâillée pour qu'il puisse entrer et sortir par l'arrière cours puisque nous habitions un rez de chaussée. Ce fût ce moment que choisit mon père pour reparaître avec son briquet tempête, sa pipe et son tabac. Comme je ne me calmais pas, il vînt vers moi, me prit dans ses bras pour me calmer conscient qu'il m'avait fait peur. Il ne m'avait jamais prise dans ses bras. Tout contre lui, je me calmais doucement. Papa m'invita à déchirer les papiers qui masquaient les jouets que je n'avais jamais eu l'habitude de recevoir. Maman vînt se joindre à nous avec, elle aussi, pleins de paquets tous plus gros les uns que le autres en déclarant que le père noël, dans son empressement à passer par la fenêtre de la chambre, avait oublié de mettre le reste des paquets sous le sapin. Elle les avait récupéré justement sous cette fenêtre et les ramenait vers moi.  Je n'avais pas percuté que maman ne venait pas de leur chambre. Mes larmes se changèrent en rire lorsque j’aperçus le piano d'enfant sauvé extrémiste du désastre. Papa me fît remarqué qu'il y avait encore un plus gros paquet cadeau que je n'avais pas encore remarqué. Il le soupesa et me fît la réflexion:

    - "Oh! Qu'est-ce qu'il est lourd!!! Tu ne veux pas voir avec moi ce que c'est? Tu n'y arrivera pas toute seule ma chérie!"
    Je lâchait quelques instants le petit piano d'enfant pour déchirer le papier du second cadeau pas encore découvert par mes soins et il y en avait encore d'autres!... Papa et maman m'aidaient: le cadeau était vraiment énorme et très lourd! Qu'est-ce que cela pouvait bien être?...

     

     A suivre...

     

     

     

    Bernard-Raphael Mathilde (site web) Le 12/12/2010

    Bonsoir, Par Loup Blanc, je viens de vous découvrir et votre site me séduit beaucoup!
    Il est très beau esthétiquement beau! De plus, il y a des histoires qui sont très touchantes et ça remue les tripes... j'attends la fin de cette histoire avec, je l'avoue, beaucoup d'impatience. A bientôt... j'ai encore à découvrir...  Je vous souhaite une très bonne continuation! Amicalement, Mathilda.

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  • Commentaires

    1
    Mardi 22 Novembre 2016 à 16:53

    Hello Ghislaine

    Une très belle description et l'ambiance est bien rendue, bravo c'est du très bon travail.

    Amitiés

    Jo

      • Mardi 22 Novembre 2016 à 18:27

        Merci Monsieur le professeur. hi!hi!hi!  J'aime quand tu me donne ton avis: qu'il soit bon... ou mauvais. C'est constructif les conseils des amis. Bonne soirée! Amitié, Ghis.

    2
    Mercredi 23 Novembre 2016 à 13:29

    Bonjour ma petite Ghislaine,

    J'aime beaucoup ton texte, il est bien écrit.On a envie de savoir la suite, tu nous tiens en haleine ! lol C'est toujours un plaisir pour moi de lire tes textes, j'adore ta plume smile

    Je sais que tu ne vas pas souvent sur Facebook, je te le dis lol Hier j'ai ouvert ma page "Royaume enchanteur", je te l'ai suggéré.Lorsque tu iras sur FB merci de cliquer sur "j'aime".Je l'ai suggéré à tous mes amis...

    Notre amie Elyci aussi a un compte sur FB, tu l'as trouveras sous son vrai nom.Je te l'ai suggéré en amie.

    Bonne journée ma chère amie, prends bien soin de toi.

    Des gros bisous du coeur wink2

    Florence 

    3
    Jeudi 22 Décembre 2016 à 17:26

    Hello Ghislaine

    A mon tour de te souhaiter de joyeuses Fêtes de Noël en famille. Pendant mon séjour à Paris, j'ai eu l'occasion de visiter l'usine Panhard où travaillait ton papa. Ils ne construisaient plus de voitures mais des véhicules blindés

    pour l'armée. C'était à la Porte D' Ivry au sud de Paris. J'ai respiré l'odeur de l'atelier ou travaillait ton papa et j'ai pensé à l'époque où l'on y fabriquait de belles voitures.

    Amitiés

    Jo

      • Jeudi 22 Décembre 2016 à 17:44

        Voici la voiture que mon papa avait. Je suis monté une seule fois dedans, mais j'en ai gardé l'image dans ma tête. J'ai photographié la forme définitivement dans mon esprit. Je n'ai jamais eu l'occasion de retourner sur Paris, ni sa banlieue.  J'habitais Clichy sur Seine à l'époque. Je me souviens encore de l'adresse de mon très vieil immeuble: C'était le 48 rue Mirabeau à Clichy, et je suis née à l'hôpital Beaujon. Merci pour ce pèlerinage que tu as eu la chance de faire, et encore merci pour me l'avoir si gentiment narré. Amitié, mon ami. Ghislaine.

        Panhard PL17:

    4
    Jeudi 22 Décembre 2016 à 17:54

    Hello Ghislaine, je vais t'en dire une bien bonne, hihihi

    Il s'agit d'une Panhard PL 17 ce fût ma première voiture lorsque j'étais jeune homme ( achetée d'occasion bien sûr ) hihihi

    La première voiture laisse toujours une trace affective, hihihi

    Amitiés

    Jo

      • Jeudi 22 Décembre 2016 à 18:13

        Oh! Ben ça! Alors! Qu'elle surprise! Ca me fais très plaisir toutes ces coïncidences! Tu ne peux pas savoir! Enfin j'existe dans mon passé! Youpi ! Alors, je constate que je ne suis plus invisible dans mon présent! J'ai eu toute ma vie l'impression de n'être qu'un fantôme qui regardait sa vie passer sans savoir que c'était la sienne? Grâce à toi, j'ai la preuve que je n'ai pas rêvé ma vie de petite fille! Merci pour tes délicates interventions  dans mon passé, mon cher Jo! Tu as toute mon amitié! Ghislaine.  

        Une petite anecdote encore: Tu sais que mon prénom à des origines Germanique? Je l'ai lu dans les origines des prénoms. Je ne sais pas si c'est exact? C'est un genre de livre qui te renseigne sur les prénoms et les noms de famille.

        Mon père s’appelait Robert Cadoret et ma mère: Geneviève De Laplace.

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